Analyse

Entre Gloire et Déception: Le Parcours Contrasté de Yves Jean Bart en plus de 20 ans à la FHF

 

Au tournant du siècle, la Fédération Haïtienne de Football (FHF) se débattait dans l’incertitude, oscillant entre un passé houleux et l’espoir d’un avenir prometteur. L’élection de Yves Jean Bart à sa présidence fut accueillie comme un signe de renouveau, promettant de redresser le cap du football national. Cependant, malgré les moments de gloire sur le terrain, des faiblesses structurelles persistantes ont révélé un besoin critique de réforme institutionnelle.

Le 06 Avril 2024.- Face à un héritage de défis, Yves Jean Bart a endossé la responsabilité de mener la FHF vers de nouveaux horizons, porté par les aspirations d’une communauté passionnée de football. Cette analyse critique explore son mandat avec acuité, célébrant les acquis sportifs tout en dévoilant les insuffisances d’une administration qui peine à se moderniser. Elle dresse un portrait nuancé, où les succès sur le terrain masquent difficilement les lacunes d’une organisation en quête d’innovation et de gouvernance éclairée, soulignant l’urgence d’un engagement résolu pour reconstruire les fondations du football haïtien.

Vers la prise du pouvoir

Yves Jean Bart a accédé à la présidence de la Fédération Haïtienne de Football dans une période tumultueuse, succédant au Dr Jean Marie Kiss dont la direction fut marquée par un déficit notable de leadership. Cette conjoncture critique a contraint la FIFA à intervenir, désignant Monsieur Edouard Baker, éminent président du Comité Olympique Haïtien, pour assurer l’intérim à la tête de la fédération. Cet intérim a ouvert la voie à des élections déterminantes, aboutissant à l’élection de Yves Jean Bart à la présidence de la FHF. Son avènement fut perçu comme un véritable soulagement au sein de la communauté footballistique. Après un règne s’étendant de 2000 à 2024, quel bilan peut-on esquisser de la teneur d’Yves Jean Bart à la tête du football haïtien ?

Les réalisations et les triomphes durant la présidence d’Yves Jean Bart à la Fédération Haïtienne de Football

le football féminin a atteint des sommets remarquables, en témoigne la qualification de l’équipe U20 pour la Coupe du Monde. Des joueuses talentueuses comme Nérilia Mondésir et Melchie Daëlle Durmonay, mieux connue sous le nom de Conventina, ont non seulement participé à l’édition 2020 mais ont également joué un rôle crucial dans la qualification d’Haïti pour sa première Coupe du Monde senior en Australie en 2023. Grâce à l’implication de Bily Chalerat, plusieurs de ces joueuses ont pu s’engager dans des carrières professionnelles en France, ouvrant ainsi des perspectives d’avenir prometteuses tant sur le plan professionnel que financier.

Dans la catégorie masculine, l’équipe d’Haïti a brillé lors de la Coupe Digicel, devenant Champion de la Caraïbe grâce à des joueurs remarquables comme Bruni Pierre Richard et l’excellent Eliphène Cadet en 2007. Cette même année, l’équipe U17 masculine s’est qualifiée pour la Coupe du Monde en Corée du Sud, marquant 2007 comme une année phare pour le football haïtien. En 2018, Haïti s’est à nouveau qualifiée pour la Coupe du Monde de football U-17 au Brésil. L’année 2019 a vu Haïti réaliser son parcours le plus abouti à ce jour à la Gold Cup, s’arrêtant en demi-finale après un match controversé contre le Mexique.

Une gouvernance destructrice
au sein de l’arène administrative, les exploits notoires sur le gazon, orchestrés sous la férule de Yves Jean Bart, dissimulent des déficits considérables en termes de réformes institutionnelles au sein de la Fédération Haïtienne de Football. Malgré l’allocation d’un budget considérable, la fédération a omis d’instaurer des programmes adéquats pour la certification des entraîneurs selon les directives de la CONCACAF, ou de promouvoir un curriculum en gestion et en administration footballistique. De surcroît, l’ascension de Carlo Marcelin au poste de Secrétaire Général, supplantant Lionel Désir, conjointement à une inclination de Jean Bart pour l’engagement de collaborateurs insuffisamment qualifiés à l’exception notable de quelques individus comme son fils, Robert Jean Bart, met en exergue des carences notables dans la gouvernance de l’institution.

L’abolition de la LINAF a conféré à des figures telles que Patrick Massenat, émanant de cette ancienne structure, la latitude d’exercer une influence prépondérante au sein de la COCON, péjorativement surnommée «Coquin ». Cette situation a induit une gestion anarchique du Championnat National, s’écartant grandement des principes de rigueur et de transparence impératives dans la gestion sportive contemporaine.

L’époque de Jean Bart se caractérise également par l’incapacité des équipes de football à satisfaire aux critères établis par la CONCACAF. Le Championnat Spécial, mis sur pied par la commission de normalisation, témoigne éloquemment de cette réalité : confrontées à une précarité exacerbée par la conjoncture nationale, les équipes se sont vues octroyer un soutien financier minimal, des équipements essentiels et des ballons pour leur participation, ce qui ne sied guère à la stature d’une équipe évoluant en première division.

Entre scandale administratif et Éthique

La période de direction de Yves Jean Bart a été émaillée de scandales, notamment en ce qui concerne la gestion des fonds alloués par la FIFA et l’État haïtien. Ernso Laurence, ancien capitaine de la sélection nationale haïtienne et désormais animateur de l’émission « Carton Rouge », a régulièrement exposé des affaires de mauvaise gestion financière susceptibles de compromettre l’évolution du football haïtien, soulignant l’impact délétère de ces pratiques sur le bien-être des joueurs. Malgré ses appels répétés en faveur d’une intervention des autorités compétentes, notamment l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) et la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, une action concrète reste attendue.

Le scandale le plus marquant de la gestion de Jean Bart reste cependant l’affaire de pédophilie révélée par le journaliste Romain Molina. Initialement suspendu par la FIFA pour une durée de trois(3) ans, Jean Bart a ensuite été menacé d’une interdiction à vie, bien que le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) ait ultérieurement statué sur l’insuffisance de preuves pour une telle condamnation. Cette affaire a jeté une ombre sur son administration et soulevé des questions cruciales sur la gouvernance et l’éthique au sein de la FHF.

Sa notoriété internationale

Il est important de noter que le dirigeant du football haïtien a reçu le titre de « Président de la FIFA » en 2004, pendant une période de troubles nationaux après le départ de Jean-Bertrand Aristide. Suite aux sanctions contre Jack Warner et Lisle Austin, il a pris la fonction de président par intérim de l’Union Caribéenne de Football en 2011. il a aussi servi comme commissaire lors de plusieurs matchs importants, y compris durant la Coupe du Monde au Brésil.

Le 20 mars a marqué la fin d’une période, et malgré les démarches de réforme entreprises par la commission de normalisation récemment, l’avenir du football haïtien reste incertain. Dans ce contexte, comment l’expérience et le parcours de Yves Jean Bart peuvent-ils contribuer au développement futur du football haïtien ?


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