Grenadiers en exil : quand Haïti retrouvera-t-elle son domicile?

 

Depuis plusieurs années, la sélection haïtienne est contrainte de disputer ses matchs dits « à domicile » à l’étranger. Cette solution peut se comprendre dans un contexte exceptionnel, mais elle ne devrait pas devenir permanente.

Jouer loin d’Haïti prive les Grenadiers d’un véritable avantage sportif. Les joueurs doivent voyager pour leurs propres matchs à domicile, s’adapter à un terrain neutre et évoluer sans la pression populaire que pourrait exercer un stade rempli de supporters haïtiens. Même lorsque la diaspora répond présente, cela ne remplace pas totalement une rencontre organisée sur le territoire national.

Cette situation éloigne également la sélection de son public. Une génération entière de jeunes Haïtiens risque de grandir sans avoir vu les Grenadiers disputer un match officiel dans leur propre pays. Pour les internationaux nés ou formés à l’étranger, jouer en Haïti permettrait aussi de renforcer leur lien avec le peuple et le territoire qu’ils représentent.

L’exil entraîne en plus des dépenses importantes pour la Fédération : location d’un stade étranger, hébergement, déplacements, transport du matériel et organisation de la sécurité. La FHF perd également une partie des revenus qui pourraient provenir de la billetterie, des produits officiels, des commandites locales et des activités organisées autour des rencontres.

Avec la Ligue des Nations, la question devient urgente. La Fédération doit indiquer clairement où Haïti disputera ses prochains matchs comme équipe hôte et présenter une solution à moyen terme, au lieu de chercher un stade quelques semaines avant chaque rencontre.

Le Parc Saint-Victor comme possibilité

Le Parc Saint-Victor du Cap-Haïtien apparaît comme l’une des principales options. Des travaux de réhabilitation y ont été annoncés, mais plusieurs questions restent ouvertes : le coût réel, le calendrier, la qualité de la pelouse, l’état des tribunes, l’éclairage, les vestiaires, les espaces médicaux, la sécurité et la possibilité d’obtenir une homologation internationale.

Réhabiliter un stade ne signifie pas simplement repeindre les tribunes. Une enceinte destinée aux compétitions internationales doit respecter des normes techniques, sanitaires et sécuritaires précises.

La sécurité générale du pays reste également déterminante. Les instances internationales examineront non seulement le stade, mais aussi les conditions de déplacement entre l’aéroport, l’hôtel et l’enceinte, ainsi que la protection des joueurs, des arbitres et des délégations.

Une responsabilité partagée

La FHF n’est pas seule responsable de la réhabilitation des grands stades publics. L’État, le ministère chargé des Sports, les autorités locales, les services de travaux publics et les responsables de la sécurité doivent également intervenir.

L’État doit principalement prendre en charge les travaux structurels, les routes d’accès, les tribunes, les autorisations administratives et la sécurité générale.

La Fédération doit, de son côté, identifier les besoins, préparer les dossiers techniques, rechercher des financements auprès de la FIFA et de la Concacaf, contrôler les normes sportives et suivre les travaux.

Une convention claire devrait préciser qui finance, qui supervise et qui entretiendra l’installation après sa livraison.

Un seul stade fonctionnel avant plusieurs promesses

Haïti devrait d’abord chercher à rendre une seule enceinte entièrement opérationnelle, sécurisée et homologuée. Un stade réellement fonctionnel serait plus utile que plusieurs projets annoncés mais jamais achevés.

La Fédération et l’État devraient dresser un inventaire des installations disponibles et choisir celle qui peut être remise aux normes dans le délai le plus raisonnable.

Le choix doit reposer sur des critères techniques : accessibilité, sécurité, état du terrain, coût des travaux et capacité d’entretien.

Prévoir l’entretien

La réhabilitation ne suffit pas. Il faut aussi déterminer qui administrera le stade, quel sera son budget annuel et comment seront entretenus la pelouse, les vestiaires, les installations électriques, les sanitaires et les équipements de sécurité.

Une partie des recettes de billetterie et des partenariats commerciaux pourrait être réservée à cet entretien. Sans plan de maintenance, même un stade rénové se dégradera rapidement.

L’enceinte ne devrait pas être utilisée uniquement par la sélection senior. Elle pourrait aussi accueillir des matchs du championnat, des rencontres de jeunes, des compétitions féminines et des formations techniques, tout en protégeant la pelouse grâce à un calendrier bien organisé.

Préparer le retour progressivement

Le retour des Grenadiers en Haïti devra être préparé avec prudence. La billetterie, la circulation, la sécurité, l’accès au stade, les soins médicaux et la gestion des spectateurs devront être organisés avec rigueur.

Un premier match pourrait être disputé avec une capacité limitée afin d’évaluer le dispositif avant d’accueillir une rencontre plus importante.

La Fédération et les autorités devraient également communiquer régulièrement sur l’avancement des travaux, les inspections, les obstacles et les échéances.

Proposition : un « Plan Retour des Grenadiers »

La FHF et l’État pourraient présenter conjointement un plan en quatre étapes :

  1. choisir l’enceinte prioritaire et réaliser une étude technique;
  2. effectuer les travaux nécessaires sur le terrain, les vestiaires, les tribunes et la sécurité;
  3. demander une inspection préliminaire de la Concacaf;
  4. organiser progressivement des matchs nationaux, puis internationaux.

Conclusion

Les Grenadiers ont réussi à atteindre le plus haut niveau malgré leur éloignement du pays. Mais cet exil ne doit pas devenir définitif.

La FHF doit agir comme moteur du projet, tandis que l’État et les autorités locales doivent assumer leurs responsabilités dans la réhabilitation et la sécurité des infrastructures.

Haïti doit disposer d’au moins un stade conforme, entretenu et sécurisé pour permettre à sa sélection de retrouver enfin son public. Les Grenadiers ont retrouvé le Mondial; ils doivent maintenant retrouver leur maison.

Par Heraud Chery

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