Le silence n’est pas un projet: après la Coupe du monde le Comité de normalisation rentre dans son trou
La Coupe du monde devait marquer le début d’une nouvelle ère pour le football haïtien. Un mois plus tard, elle semble avoir laissé place au vide. À quelques semaines de la Ligue des Nations de la CONCACAF, le Comité de normalisation donne l’impression de naviguer sans cap, sans calendrier et sans communication.
Le football ne s’arrête jamais. À peine une compétition terminée qu’une autre se prépare déjà. C’est ce qui distingue les grandes nations des autres : elles anticipent, elles planifient et elles construisent. En Haïti, malheureusement, nous continuons de subir les événements au lieu de les préparer.
Depuis la fin de la Coupe du monde et le départ volontaire de Sébastien Migné, le football haïtien est plongé dans un inquiétant silence. Pas de conférence de presse. Pas de feuille de route. Pas de calendrier. Pas même une communication officielle sur le profil recherché pour le prochain sélectionneur. Les supporters n’ont droit qu’à des rumeurs, des spéculations et des informations contradictoires.
Nous sommes le 24 juillet. Le tirage au sort de la Ligue des Nations de la CONCACAF, effectué le 23 juillet, a déjà livré son verdict. Haïti connaît désormais ses adversaires. Elle connaît également les rencontres qu’elle devra organiser à domicile dès le mois de Septembre ou Octobre .
Que fait le Comité de normalisation ?
La question mérite d’être posée, car le silence n’est pas une stratégie de gestion. Une institution qui aspire à diriger le football d’un pays ne peut pas disparaître au moment où les décisions les plus importantes doivent être prises.
Une Coupe du monde, même conclue par un bilan négatif, est une formidable opportunité d’apprentissage. Nelson Mandela résumait parfaitement cette philosophie lorsqu’il déclarait : « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends. »
Mais encore faut-il avoir la volonté d’apprendre.
A-t-on réalisé une véritable évaluation de la campagne mondiale ? Les forces et les faiblesses de la sélection ont-elles été analysées ? Existe-t-il un calendrier pour la nomination du futur sélectionneur ? Les joueurs savent-ils quelle direction prendra le projet sportif ? Les supporters méritent des réponses, pas un silence qui nourrit toutes les rumeurs.
Le management moderne repose sur quatre fonctions essentielles : planifier, organiser, diriger et contrôler. Ces principes sont enseignés dans toutes les écoles de gestion et appliqués par les fédérations qui réussissent. Ce sont eux qui permettent à une organisation de transformer une ambition en résultats.
Aujourd’hui, force est de constater que ces quatre piliers semblent absents de la gouvernance actuelle du football haïtien. Nous avançons sans feuille de route visible, sans objectifs annoncés et sans véritable communication.
C’est précisément cette culture de l’improvisation qui empêche notre football de franchir un cap.
On répète souvent que les Haïtiens réussissent davantage grâce à des coups d’essai ou à des coups de chance qu’à de véritables coups de génie. Cette formule est certes provocatrice, mais elle prend tout son sens lorsqu’une qualification historique pour une Coupe du monde n’est pas immédiatement transformée en un projet structuré pour l’avenir.
Les grandes nations n’attendent pas d’être en crise pour agir. Elles utilisent chaque expérience, qu’elle soit heureuse ou douloureuse, pour préparer le prochain défi. Pendant que plusieurs de nos adversaires avancent déjà avec une vision claire, Haïti donne malheureusement l’impression d’attendre que le temps fasse le travail à sa place.
Le football haïtien n’a plus besoin de gestionnaires qui réagissent aux événements. Il a besoin de dirigeants qui les anticipent.
Le Comité de normalisation doit comprendre que le silence n’inspire ni confiance ni sérénité. Il crée l’inquiétude, favorise les spéculations et affaiblit la crédibilité de l’institution.
À quelques semaines de la Ligue des Nations, il est temps de sortir de cette posture attentiste. Les supporters ne demandent pas des miracles. Ils demandent de la transparence, de la planification et une vision.
Car une Coupe du monde ne vaut réellement que si elle devient le point de départ d’un nouveau projet. Sinon, elle ne restera qu’un souvenir historique et une occasion manquée de faire enfin entrer le football haïtien dans une culture durable de l’excellence.
Par James Bake
