Analyse

Haïti, football et tragédie : chronique d’un naufrage annoncé

 

Le football haïtien, naguère flamme vacillante de l’espoir national, est aujourd’hui pris au piège d’un interminable ballet d’ombres. Entre des dirigeants de clubs accrochés à un passé révolu, une normalisation qui s’étire tel un mauvais feuilleton sans dénouement, et un programme de développement paralysé, le sport roi en Haïti ne sait plus à quel saint se vouer.

La FIFA observe, la Coupe du Monde 2026 s’éloigne, et le football haïtien, au lieu de construire son avenir, s’emploie méthodiquement à scier la branche fragile sur laquelle il est assis.
Un naufrage écrit à l’encre du passé
Ah, la nostalgie ! Cette douce illusion qui pousse certains dirigeants de clubs à s’accrocher au glorieux héritage de l’ancien système, comme un naufragé s’agrippe à une épave en feu. Plutôt que de participer de manière constructive au processus de normalisation en proposant des commentaires sur les statuts validés par la FIFA, ils ont préféré exhumer ceux de 2019.

Pourquoi se tourner vers l’avenir quand on peut s’enliser dans les erreurs du passé ?

Ces fameux statuts de 2019, selon plusieurs observateurs, sont une arme à double tranchant. Derrière leur apparente structure, ils cacheraient en réalité un dispositif savamment élaboré pour exclure certains acteurs du football, notamment l’ex-capitaine de la sélection nationale, Ernso Laurence. À l’époque, leur élaboration était déjà teintée de calculs politiciens et de manœuvres destinées à verrouiller le pouvoir au sein de la fédération. Aujourd’hui, les mêmes stratagèmes ressurgissent, mais cette fois, ils menacent non seulement des individus, mais l’ensemble du football haïtien.

Une normalisation longue comme un jour sans pain

Face à ce cirque permanent, la normalisation, censée être une transition vers un avenir meilleur, traîne son mandat comme un boulet. Chaque mois qui passe ressemble à une éternité, et plus le temps s’étire, plus l’illusion d’un renouveau s’efface. À quoi sert une normalisation sans légitimité, incapable de faire entendre sa voix ni d’obtenir les ressources nécessaires à la relance du football ?

La FIFA, lassée, ne débloquera pas un centime tant que ce chaos institutionnel perdurera.
Le programme FIFA Forward, censé être la planche de salut du football haïtien, est aujourd’hui un mirage. Il y a vingt ans, il avait déjà été gaspillé par l’ancienne administration, détourné au profit d’intérêts particuliers. Aujourd’hui, faute de direction claire et d’un cadre fonctionnel, il reste hors de portée. Ironie du sort : ceux qui, jadis, ont dilapidé ces fonds sont les mêmes qui aujourd’hui bloquent le chemin d’une reconstruction réelle. Le football haïtien tourne en rond dans une spirale infernale où ni les anciens, ni les nouveaux, ne parviennent à redresser la barre.

Vers une implosion inévitable ?
Mais alors, que reste-t-il ? Des clubs qui se déchirent, un comité de normalisation en panne de crédibilité, des dirigeants plus soucieux de leur propre pouvoir que de l’avenir du sport. Et surtout, une crise existentielle qui menace l’ensemble du football haïtien. Les tensions avec la FIFA s’accumulent, et à force de jouer avec le feu, Haïti risque bien de rejoindre la liste noire des fédérations suspendues, à l’instar du Congo et du Pakistan.

L’histoire retiendra-t-elle que le football haïtien a été détruit non pas par des forces extérieures, mais par ceux-là mêmes qui étaient censés le défendre ? Faut-il attendre que tout s’effondre pour comprendre que les querelles intestines n’ont jamais produit ni champions ni infrastructures ni compétitions viables ?
Il reste une fenêtre d’opportunité, aussi mince soit-elle. Mais pour la saisir, il faudra briser l’illusion, cesser d’être les marionnettes d’un passé révolu, et accepter enfin que l’avenir du football haïtien ne se construira qu’avec une fédération forte, une gouvernance stable et une vision moderne. Si rien ne change, il ne restera plus qu’à regarder, impuissants, la dernière page de ce drame se tourner, emportant avec elle les derniers espoirs d’un football qui, pourtant, ne demandait qu’à brille

News lue par visiteurs

Suivez-nous

Chaine WhatsApp
Telegram
YouTube

LIRE AUSSI

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page