CDM 2026: Quand les Malouines deviennent acceptables, mais Vertières devient interdite
LA FIFA, L’APOLITIQUE À GÉOMÉTRIE VARIABLE ?La FIFA aime se présenter comme une institution neutre, au-dessus des conflits politiques et des débats idéologiques. Depuis des années, elle répète que « le football ne doit pas être politisé ». Pourtant, certaines décisions donnent l’impression que cette neutralité est appliquée selon les circonstances, les pays concernés et les rapports de force.
Si les informations annonçant que l’Argentine serait autorisée à exhiber un drapeau ou une banderole en faveur des Malouines en cas de victoire en Coupe du monde se confirment, une question s’impose immédiatement : pourquoi ce qui est considéré comme acceptable pour certains devient-il interdit pour d’autres ?
Les îles Malouines constituent l’un des différends territoriaux les plus sensibles de la planète. L’Argentine revendique leur souveraineté, tandis que le Royaume-Uni les administre depuis près de deux siècles. Personne ne peut sérieusement prétendre que ce symbole est dénué de toute portée politique. C’est l’un des conflits diplomatiques les plus connus du monde contemporain.
Si la FIFA accepte qu’un tel symbole soit affiché sur la plus grande scène du football mondial, elle devra expliquer en quoi ce message ne constitue pas une prise de position politique.
À l’inverse, Haïti a vécu une réalité totalement différente.
Lorsque la sélection nationale souhaitait rendre hommage à la bataille de Vertières, la FIFA a estimé que cette référence relevait d’un message politique et a exigé son retrait.
Pourtant, Vertières n’est pas un slogan partisan.
Vertières n’est pas une campagne électorale.
Vertières n’est pas une revendication diplomatique contre un État.
Vertières est un symbole fondateur de la nation haïtienne. C’est la mémoire d’un peuple qui a conquis sa liberté au prix du sang de ses ancêtres. C’est un héritage historique, culturel et identitaire qui dépasse toutes les appartenances politiques.
Comment expliquer alors qu’un symbole national haïtien soit considéré comme politique, alors qu’un symbole lié à un conflit territorial international pourrait être toléré ?
Cette différence de traitement nourrit inévitablement un sentiment d’injustice.
Car la neutralité ne peut exister que lorsqu’elle est appliquée à tout le monde de la même manière.
Sinon, elle cesse d’être un principe pour devenir un simple outil d’interprétation.
La FIFA affirme régulièrement que le football rassemble les peuples. Mais elle donne parfois l’impression que certains peuples ont davantage le droit que d’autres d’exprimer leur histoire, leur mémoire ou leurs convictions.
À force de vouloir définir ce qui est politique pour les uns et culturel pour les autres, l’institution ouvre la porte aux accusations de « deux poids, deux mesures ».
La véritable question dépasse aujourd’hui le cas de l’Argentine ou celui d’Haïti.
Elle concerne la crédibilité même de la FIFA.
Une règle ne peut être respectée que si elle s’applique à tous avec la même rigueur.
Si les Malouines sont considérées comme une expression acceptable, pourquoi Vertières ne l’était-elle pas ?
Et si demain une sélection déployait une banderole portant l’inscription « Free Palestine », quelle serait la réaction de la FIFA ?
C’est précisément là que se mesure la cohérence d’une institution qui affirme être apolitique.
La neutralité n’a de valeur que lorsqu’elle ne choisit pas ses bénéficiaires.
Par James Bake
