CDM2026: 18 Jours Avant le Mondial, Haïti Ne Réalise Pas

 

Par James Bake

À seulement 18 jours de l’entrée d’Haïti dans la plus grande compétition sportive de la planète, un étrange silence plane encore sur le pays. Entre l’insécurité, la misère et l’instabilité politique, le peuple haïtien semble ne pas encore mesurer la grandeur historique de l’exploit accompli par les Grenadiers.

Le 13 juin 2026 à 9 heures du soir, heure haïtienne, Haïti fera son entrée dans la Coupe du monde face à l’Écosse. Rien que cette phrase devrait provoquer des frissons dans chaque quartier, chaque rue, chaque maison du pays. Pourtant, à 18 jours de cet événement historique, le pays paraît absent de son propre rendez-vous avec l’histoire.

La Coupe du monde représente peut-être l’une des plus belles choses arrivées à Haïti depuis des décennies. Dans un pays marqué par les douleurs, les catastrophes, l’instabilité et la violence, cette qualification aurait dû être un moment d’unité nationale, de joie collective et d’espérance. Mais le contexte actuel semble avoir étouffé l’émotion populaire.

Les quartiers restent sales, les rues demeurent tendues, et dans plusieurs zones du pays, des familles continuent de fuir les violences des bandes armées. Pendant que le monde se prépare à vivre la fête du football, Haïti, elle, lutte encore pour survivre au quotidien.

Le plus inquiétant, c’est peut-être l’impression que même les autorités haïtiennes semblent dépassées par l’ampleur de cet événement planétaire. Les attentes des supporters ne sont pas véritablement comblées. Peu d’ambiance nationale, peu de mobilisation populaire, peu d’organisation visible autour d’un exploit pourtant gigantesque.

Car participer à une Coupe du monde n’est pas quelque chose d’ordinaire. Des nations puissantes attendent parfois des décennies avant d’y parvenir. Et pourtant, nos joueurs ont réalisé cet exploit en terre curacelesse avec courage, détermination et fierté. Ce qu’ils ont accompli dépasse largement le cadre du sport : ils ont offert à Haïti une présence sur la scène mondiale, un rare moment où le drapeau haïtien sera regardé autrement que sous l’angle de la crise.

Mais le peuple haïtien, rongé par les souffrances accumulées, ne semble pas encore comprendre pleinement ce qui est en train de se passer. Comme si la douleur collective empêchait encore la conscience nationale de savourer cet instant historique.

Haïti risque-t-elle de “rater” son propre mondial émotionnellement ? Peut-être que oui. Peut-être qu’il faudra des années avant que nous réalisions réellement la dimension de ce que cette génération vient d’accomplir. Peut-être qu’après le tournoi, lorsque les images reviendront dans nos mémoires, nous comprendrons enfin ce que signifiait voir Haïti parmi les grandes nations du football mondial.

Quoi qu’il arrive durant cette Coupe du monde, cette génération de Grenadiers a déjà écrit une page immense de l’histoire haïtienne. Dans un pays habitué aux mauvaises nouvelles, elle a offert un souffle, une lumière et une raison d’espérer.

Le 13 juin 2026, quand l’hymne haïtien retentira avant le match contre l’Écosse, ce sera bien plus qu’un match de football. Ce sera le cri silencieux d’un peuple qui, malgré ses blessures, continue d’exister, de rêver et de résister.

 

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