Analyse

Football/ DTN Haiti: le grand vide Stratégique

Par James Bake

 

Entre improvisation chronique et absence de vision, la Direction Technique Nationale du football haïtien semble naviguer à vue. Pendant que d’autres nations africaines et caribéennes bâtissent des projets cohérents et structurés, Haïti reste prisonnière d’un modèle flou, sans cap ni ambition clairement définie.

Le Comité de Normalisation et la Direction Technique Nationale portent aujourd’hui la lourde responsabilité de redresser le football haïtien. Mais comment imaginer une Fédération qui prétend recruter des entraîneurs de haut niveau sans disposer d’une Direction Technique Nationale elle-même structurée et crédible ?

Depuis 2020, le constat est préoccupant : absence de plan stratégique public, silence institutionnel, aucune feuille de route claire sur 5 ou 10 ans. Le football haïtien ne peut plus se permettre le luxe de l’amateurisme institutionnel dans un monde où la performance se construit scientifiquement.

1. Un DTN sans vision nationale claire

Un Directeur Technique National n’est pas un simple gestionnaire de sélections de jeunes. Il est l’architecte du football d’un pays.

Or, en Haïti, aucune philosophie de jeu nationale clairement définie n’a été présentée. Aucun document stratégique ne trace la trajectoire du football haïtien pour la prochaine décennie.

Pendant que la Fédération Malienne de Football, à travers sa Direction Technique Nationale, organise des rencontres techniques avec les entraîneurs des clubs avant chaque saison pour harmoniser les méthodes de travail, la DTN haïtienne semble fonctionner dans un isolement inquiétant.

Au Mali, le travail est collectif, structuré, planifié.
En Haïti, c’est silence radio.

2. Le paradoxe du recrutement des entraîneurs

Le Comité de Normalisation affiche l’ambition de recruter des entraîneurs de haut niveau. L’arrivée de Pia Sundhage pour la sélection féminine illustre cette volonté.

Mais une question fondamentale s’impose :
Un DTN sans projet clair peut-il réellement encadrer, orienter ou même dialoguer d’égal à égal avec une technicienne habituée aux sommets du football mondial ?

Comment prétendre dicter une philosophie nationale à une coach dont l’expérience dépasse largement celle de la structure qui l’accueille ?

Le cas de Sébastien Migné interroge également. Si la Fédération vise l’excellence, les choix doivent être cohérents avec une vision technique supérieure. Or, recruter sans socle stratégique revient à empiler des noms sans construire un édifice solide.

3. Une gestion centrée sur le court terme

Depuis son entrée en fonction en 2020, le DTN semble s’être limité à la détection de jeunes talents, principalement dans la zone métropolitaine.

Mais un projet national ne peut se résumer à quelques regroupements de jeunes. Où est la cartographie nationale des talents ? Où est l’intégration des académies régionales ? Où est le plan de formation continue des entraîneurs locaux ?

Un véritable DTN travaille :
•   Avec les clubs
•   Avec les ligues régionales
•   Avec les centres de formation
•   Avec les écoles
•   Avec les universités

Il bâtit un système.
Il ne gère pas simplement des sélections.

4. Le problème récurrent des nominations

L’ancienne gloire Ernso Laurence l’a déclaré depuis plus de vingt ans : la Fédération haïtienne de football n’a jamais véritablement choisi un DTN de très haut niveau sur la base stricte de la compétence.

Les nominations semblent trop souvent guidées par des logiques relationnelles ( Ti Zanmi) plutôt que professionnelles.

Or, dans le football moderne, le poste de DTN exige :
•   Une expertise technique internationale
•   Une capacité stratégique
•   Une autorité intellectuelle
•   Une vision à long terme

Sans cela, le pays continuera à courir derrière les événements.
Le problème du football haïtien ne se limite pas aux résultats sur le terrain. Il est structurel.

Le Comité de Normalisation ne peut pas espérer construire un football compétitif sans une Direction Technique Nationale forte, compétente et visionnaire.

Haïti a besoin d’un DTN de très haut niveau, capable de concevoir un projet national sur 10 ans, d’harmoniser les méthodes de travail, de structurer la formation des entraîneurs et de donner une identité claire au football haïtien.

Sans vision stratégique, il n’y a pas de développement durable.
Sans leadership technique crédible, il n’y a pas d’excellence.

Le football haïtien mérite mieux qu’un pilotage à vue.
Il mérite une véritable révolution technique.

 

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