Quand le messager dérange plus que le message

 

Le problème n’est plus la gouvernance. Le problème, c’est celui qui ose poser des questions.

Depuis la publication de nos dernières chroniques, un constat saute aux yeux : pour certains, le véritable problème n’est plus la gouvernance de la Fédération haïtienne de football. Le problème, c’est désormais le journaliste qui pose des questions.

Voilà une situation pour la moins étonnante.

Lorsque nous écrivons des textes qui mettent en valeur la Fédération, qui saluent une bonne initiative ou qui félicitent les dirigeants, tout va bien. Les publications sont appréciées, les réactions sont positives et personne ne remet en doute notre professionnalisme.

Mais dès que nous abordons des sujets comme la transparence, la gouvernance ou le fonctionnement de la Fédération, le débat change complètement.

On ne répond plus aux questions.

On préfère chercher pourquoi elles sont posées.

Autrement dit, le contenu de la question devient moins important que l’identité de celui qui la pose.

C’est pourtant une vieille méthode.

Quand les réponses sont difficiles, il est souvent plus simple de s’intéresser au messager qu’au message.

Depuis quelques jours, certains ont laissé entendre que nos prises de position seraient liées au fait que nous n’avons pas obtenu l’opportunité d’accompagner la sélection nationale lors de la Coupe du monde.

Permettez-nous d’en sourire.

Partout dans le monde, les journalistes sportifs demandent des accréditations pour couvrir les grandes compétitions internationales. C’est une pratique normale. C’est leur métier.

Accompagner une sélection nationale lors d’une Coupe du monde n’est ni un privilège, ni une faveur, ni une récompense.

C’est une responsabilité professionnelle.

C’est raconter le quotidien de l’équipe.

C’est informer les supporters.

C’est faire vivre l’événement à ceux qui sont restés au pays.

C’est servir le football haïtien à travers le journalisme.

Croire qu’un journaliste devient indépendant uniquement lorsqu’il obtient une accréditation, ou qu’il devient critique parce qu’il n’en a pas obtenu une, revient à méconnaître profondément ce qu’est le journalisme.

Le véritable journaliste ne négocie pas son indépendance contre une invitation.

Il ne troque pas son esprit critique contre un badge.

Il ne devient pas silencieux parce qu’il espère une faveur.

Son engagement est envers le public, pas envers les dirigeants.

Le rôle d’un journaliste n’est pas de protéger une Fédération.

Il n’est pas d’être le porte-parole d’un comité.

Il n’est pas de rédiger uniquement des textes qui font plaisir aux responsables.

Son rôle est d’informer.

D’analyser.

D’enquêter.

De poser les questions que les supporters, les clubs, les joueurs et tous les passionnés de football se posent.

Et surtout, de demander des explications lorsque certaines décisions suscitent des interrogations.

Une institution publique ou sportive ne devrait jamais craindre les questions.

Au contraire.

Une institution qui agit avec transparence répond avec calme, avec des faits et avec des explications.

Parce que les réponses renforcent la confiance.

Le silence, lui, nourrit les doutes.

Il est également important de rappeler une vérité toute simple : la critique n’est pas une déclaration de guerre.

Demander des explications n’est pas un manque de respect.

Exercer son métier avec indépendance n’est pas un acte d’hostilité.

C’est précisément ce que la société attend d’un journaliste.

Pour notre part, notre ligne éditoriale restera inchangée.

Nous continuerons à reconnaître les bonnes décisions lorsqu’elles seront prises.

Nous continuerons à saluer les progrès lorsqu’ils seront réels.

Nous continuerons aussi à poser les questions qui méritent d’être posées lorsque l’intérêt du football haïtien l’exigera.

Car notre loyauté ne va ni à un président, ni à un comité, ni à un dirigeant.

Notre loyauté va au football haïtien.

Elle va aux milliers de supporters qui veulent comprendre comment leur Fédération est administrée.

Elle va à tous ceux qui pensent qu’une institution grandit lorsqu’elle accepte le débat, et non lorsqu’elle le fuit.

Alors, si poser des questions est devenu un problème…

Peut-être que le véritable problème n’est pas le journaliste.

Peut-être que le véritable problème est qu’il reste encore trop de questions sans réponses.

À bon entendeur, salut.

Par Heraud Chery / Sport Passion Info

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