Fédération haïtienne de football : où est passée la transparence promise par le Comité de normalisation?

 

Le Comité de normalisation avait été installé avec une mission claire : restaurer la confiance, renforcer la crédibilité de la Fédération haïtienne de football et mettre en place une gouvernance exemplaire.

Pourtant, plusieurs mois après son entrée en fonction, une question revient avec insistance : où est passée la transparence?

Les interrogations sont nombreuses, mais les réponses, elles, se font toujours attendre.

La première concerne la gouvernance même de la Fédération.

Qui dirige réellement la Fédération haïtienne de football? Est-ce Monique André, présidente du Comité de normalisation, qui prend les décisions? Ou son fils, Georges Philippe?

Quel est exactement le rôle de Georges Philippe au sein de la Fédération? À quel titre intervient-il dans les dossiers administratifs? Dispose-t-il d’un mandat officiel? Si oui, pourquoi la Fédération ne communique-t-elle pas clairement à ce sujet?

Dans une institution qui avait pour objectif de restaurer la confiance et de rompre avec certaines pratiques du passé, chaque responsabilité devrait être clairement définie et chaque rôle devrait être connu du public.

Selon le journaliste d’investigation français Romain Molina, dans une vidéo publiée sur ses plateformes, Madame Monique André aurait délégué une partie importante des décisions majeures de la Fédération haïtienne de football à son fils, Georges Philippe. Selon les éléments avancés dans cette intervention, ce dernier jouerait un rôle central dans plusieurs dossiers liés au fonctionnement de l’institution.

Ces informations soulèvent des interrogations légitimes. Quelle est exactement la nature du mandat de Georges Philippe? Quelles sont ses responsabilités officielles? Intervient-il dans les décisions administratives, marketing ou sportives? Participe-t-il aux choix stratégiques concernant notamment la gestion du personnel technique et les décisions liées aux entraîneurs?

Si son implication est conforme aux règles de gouvernance de la Fédération, il appartient aux responsables de l’expliquer clairement au public. La transparence permet justement d’éviter les soupçons et de protéger la crédibilité de l’institution.

Une autre question mérite également d’être posée.

Quel est exactement le rôle de Carl Édouard Philippe au sein de la Fédération haïtienne de football?

Carl Édouard Philippe est le fils de Jacques-Édouard Alexis, ancien Premier ministre d’Haïti. Mais quelle est précisément sa mission au sein de la Fédération? Pourquoi sa présence au sein de l’institution n’a-t-elle pas fait l’objet d’une communication publique détaillée? Quels sont les critères qui ont conduit à ce choix? Quelles sont ses responsabilités quotidiennes?

Dans une Fédération qui aspire à devenir un modèle de bonne gouvernance, ces questions méritent des réponses précises.

Par ailleurs, plusieurs observateurs rappellent que Jacques-Édouard Alexis, lorsqu’il occupait les fonctions de Premier ministre d’Haïti, n’était généralement pas identifié comme une figure ayant fait du développement du sport, et particulièrement du football, une priorité de son action gouvernementale.

Sans préjuger des compétences de Carl Édouard Philippe, certains passionnés de football s’interrogent donc sur les raisons de sa présence au sein de la Fédération et sur les responsabilités qui lui ont été confiées.

Mais ce qui interpelle davantage encore, c’est le parallèle que plusieurs amateurs de football établissent avec le passé.

L’une des critiques les plus récurrentes adressées au docteur Yves Jean-Bart concernait un mode de gouvernance que plusieurs observateurs qualifiaient de népotique. Il lui était notamment reproché d’avoir laissé son fils, Papito, exercer une influence importante sur les décisions administratives, sportives et organisationnelles de la Fédération haïtienne de football.

Cette perception d’une confusion entre les responsabilités familiales et la gestion de l’institution avait largement alimenté les débats sur la gouvernance de la Fédération.

Aujourd’hui, certains observateurs se demandent pourquoi des interrogations comparables ne feraient pas l’objet du même niveau d’attention.

Le principe est pourtant simple : les exigences de bonne gouvernance doivent être les mêmes pour tous. Ce qui était dénoncé hier ne peut être accepté aujourd’hui sans explication.

La question n’est pas de condamner qui que ce soit sans preuve.

La question est de savoir si les principes de transparence, d’indépendance et de reddition de comptes sont appliqués avec la même rigueur, peu importe les personnes qui occupent les postes de responsabilité.

Si des doutes existent quant au rôle exact de proches des dirigeants actuels dans le fonctionnement de la Fédération, il appartient aux responsables de les dissiper par des explications publiques, précises et documentées.

Dans ce contexte, la FIFA devrait sérieusement envisager la mise en place d’une mission indépendante d’audit et d’évaluation de la gouvernance de la Fédération haïtienne de football.

Une telle démarche permettrait d’établir les faits, de clarifier les responsabilités de chacun, d’évaluer les mécanismes de prise de décision et de vérifier si les objectifs ayant motivé la création du Comité de normalisation sont effectivement respectés.

Le football haïtien mérite une Fédération qui inspire confiance. Il mérite une institution où chacun connaît son rôle, où les responsabilités sont clairement définies et où les décisions sont prises dans un cadre transparent.

Les passionnés de football haïtien, les dirigeants de clubs, les joueurs et tous ceux qui aiment ce sport sont en droit de comprendre comment leur Fédération est administrée.

Le silence ne fait qu’alimenter les doutes. Lorsqu’une institution est investie d’une mission d’intérêt public, elle a le devoir de rendre des comptes.

Nous espérons donc que les responsables de la Fédération haïtienne de football apporteront des réponses aux nombreuses interrogations soulevées dans cette chronique.

À défaut d’explications satisfaisantes, le travail d’analyse et d’information se poursuivra, avec la volonté de porter à la connaissance du public toute information d’intérêt public pouvant être vérifiée et étayée par des éléments crédibles.

Le débat mérite mieux que le silence.

Le football haïtien mérite mieux que les zones d’ombre.

À bon entendeur, salut.

Par Heraud Chery

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