Analyse

Sélection U17 : La ministre des sports, opportuniste dans l’âme

 

Il est des amours tardifs qui naissent non pas du cœur, mais de l’opportunisme. Comme un parent démissionnaire qui, après des années d’indifférence, se découvre soudain une fibre paternelle lorsque son enfant s’apprête à briller sous les projecteurs, la Ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique, Madame Niola Lynn Sarah Devalis, se drape aujourd’hui du manteau de protectrice des jeunes Grenadiers.

Hier encore (14 Février 2025) , son ministère brillait par son absence, trop occupé à jongler entre la gestion trouble du carburant et des querelles intestines dignes d’une cour de récréation. Mais aujourd’hui, alors que la Sélection U17 est à une enjambée du Qatar, voici qu’elle surgit, sourire enjôleur et bras grands ouverts, prête à s’improviser marraine d’une victoire qu’elle n’a ni nourrie, ni soutenue, ni même envisagée.

Ce n’est pas la passion du sport qui anime Madame la Ministre, mais bien la douce mélodie des projecteurs. L’amour du football ? Il est né de l’odeur alléchante des lauriers qu’elle espère tresser à son propre compte. Pendant que la Commission de Normalisation, esseulée, s’échinait à organiser un camp de préparation avec les maigres moyens offerts par la FIFA, le MJSAC, lui, s’adonnait à une autre discipline : la gestion du scandale. Aucune subvention pour permettre aux jeunes Grenadiers de se préparer correctement, aucune volonté pour aider la Normalisation à organiser des détections nationales au lieu d’une sélection improvisée, pas même un simulacre de soutien symbolique. L’État, fidèle à lui-même, s’était contenté d’un silence glacial, tel un souverain indifférent à la famine qui ravage son peuple.

Et malgré tous les efforts de l’équipe dirigeante de la Normalisation, la Sélection U17 risquait de ne pas faire le voyage en raison de problèmes administratifs et logistiques indépendants de sa volonté. Tout avait été prévu, mais les imprévus, dans un pays où voyager est devenu une épreuve herculéenne, ont pris le dessus.
Sur les ondes de Radio One, le Secrétaire Général de la Fédération Haïtienne de Football, Patrick Massenat, a révélé que l’intervention précieuse du Comité Olympique Haïtien, à travers son président, le Docteur Hans Larsen, avait permis de résoudre la crise. Ce qui, en soi, est normal : le Comité Olympique Haïtien, regroupant plusieurs fédérations sportives, a pour mission d’accompagner ces dernières. Comme il l’a fait pour d’autres fédérations confrontées aux mêmes difficultés. L’État haïtien, en revanche, est resté fidèle à lui-même : absent.
Mais voici que, soudain, l’État, fantôme lors de la tempête, réapparaît au soleil du succès. L’œil humide, le discours lyrique, prêt à entonner un hymne de victoire qu’il n’a jamais écrit.
Ce scénario, usé jusqu’à la corde, est devenu une tradition en Haïti. Nos jeunes talents sont abandonnés lorsqu’ils ont besoin d’aide, puis récupérés à la hâte dès qu’ils s’apprêtent à briller. Madame Devalis n’a rien inventé ; elle suit simplement la recette de l’opportunisme d’État : négligence en coulisses, effusion de joie sur scène.

Mais la ficelle est trop grosse. Comment feindre aujourd’hui l’amour du football alors qu’hier encore, l’urgence ministérielle se résumait à des querelles autour de cartes de débit ? Comment se draper du drapeau sportif quand on n’a même pas levé le petit doigt pour permettre aux Grenadiers de prendre l’avion ?

Le peuple haïtien n’est pas dupe. Il sait reconnaître les bâtisseurs des imposteurs, ceux qui transpirent pour le sport et ceux qui ne s’y intéressent que lorsque la victoire se dessine. La ministre peut bien multiplier les déclarations d’amour soudaines, s’accrocher aux épaules des U17 comme elle s’accrochait aux barils de carburant en pleine crise, rien n’y fera. L’histoire retiendra que lorsqu’il fallait se tenir aux côtés des jeunes, elle avait d’autres priorités.

Et si, par miracle, les Grenadiers décrochent leur billet pour le Qatar, l’ovation reviendra à ceux qui ont cru en eux quand personne ne les regardait. Loin des dorures ministérielles et des discours hypocrites, c’est là que réside la vraie grandeur.

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