Analyse

Ruthny Mathurin rejetée au Portugal mais, acceuillie en héroïne en Espagne

Par Mytshouka Jean-philippe

 

La carrière des footballeurs et footballeuses haïtiens à l’étranger est souvent jalonnée d’obstacles invisibles, bien au-delà du simple terrain. Le récent transfert de Ruthny Mathurin à Almaha FC, club évoluant en D1 espagnole, illustre une fois de plus cette réalité faite de résilience, d’injustices et de revanches silencieuses.

La saison dernière, la joueuse haïtienne avait pourtant tenté sa chance au Portugal. En déplacement avec l’espoir d’un transfert au Racing Power FC, Ruthny Mathurin – surnommée Nini – nourrissait l’ambition légitime de franchir un cap dans sa carrière. Mais après plusieurs semaines d’observation, le club portugais décide de ne pas l’intégrer à l’effectif, avançant comme justification une supposée « incapacité » de la joueuse à répondre aux exigences du haut niveau.

Une version des faits qui, selon nos informations, ne reflète pas la réalité sportive. En interne, cette décision aurait surtout été motivée par la volonté d’éviter une concurrence jugée trop menaçante entre Nini et une joueuse cadre déjà installée dans l’équipe. Une situation malheureusement récurrente dans certains clubs, où la gestion des équilibres internes prime parfois sur la méritocratie sportive.

Un scénario déjà connu : le précédent Duckens Nazon

Ce type de traitement n’est pas sans rappeler un cas emblématique du football haïtien : celui de Duckens Nazon. En juillet 2016, l’attaquant est officiellement présenté comme nouveau joueur du CD Tondela, en première division portugaise. Quelques jours plus tard, le club met fin à la collaboration en évoquant une insuffisance cardiaque, une affirmation rapidement démentie par le joueur lui-même.

L’histoire donnera finalement raison à Nazon. Après cet épisode controversé, il poursuivra sa carrière dans plusieurs championnats : Inde, Angleterre, Écosse, Belgique, France, Bulgarie, Turquie, avant d’évoluer actuellement en Iran. C’est précisément après cet épisode portugais que l’attaquant connaîtra les meilleurs moments de sa carrière, devenant un cadre de la sélection haïtienne et un buteur reconnu.

Le Portugal, un passage parfois à double tranchant

Les trajectoires de Ruthny Mathurin et Duckens Nazon mettent en lumière une problématique plus large : pour certains joueurs et joueuses haïtiens, le Portugal apparaît moins comme un tremplin que comme un filtre sélectif biaisé, où des critères extra-sportifs peuvent peser lourd dans les décisions finales.

Ces situations interrogent sur la transparence des processus de recrutement, mais aussi sur la place réelle accordée aux talents issus de marchés jugés « périphériques ». Trop souvent, le potentiel est sacrifié au profit du confort institutionnel ou de hiérarchies déjà établies.

Une revanche en construction pour Ruthny Mathurin

En rejoignant Almaha FC, Ruthny Mathurin ouvre un nouveau chapitre, cette fois dans un championnat espagnol réputé pour sa compétitivité et sa progression constante dans le football féminin. Plus qu’un simple transfert, cette signature sonne comme une réhabilitation sportive et une réponse indirecte à ceux qui avaient douté de ses capacités.

À l’image de Duckens Nazon hier, Ruthny Mathurin semble aujourd’hui transformée par l’adversité. Si l’histoire se répète, ce passage douloureux au Portugal pourrait bien devenir le point de départ des plus belles pages de sa carrière.

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